Dating et sobriété : comment aborder le sujet au premier date
Tu as matché, la conversation est fluide, et puis vient le moment fatidique : « On se prend un verre ? » Et là, ton estomac fait un petit looping. Non pas parce que tu n'as pas envie de voir cette personne, mais parce que tu sais que derrière cette phrase anodine, il y a une conversation que tu n'as pas encore tout à fait apprivoisée.
Parler de sa sobriété à un premier rendez-vous, c'est un peu comme arriver à une fête costumée en étant le seul à ne pas être déguisé. On se sent exposé, un peu décalé, alors qu'en réalité… on est peut-être la personne la plus authentique de la pièce.
Pourquoi ça semble si compliqué
Soyons honnêtes : le dating, c'est déjà un sport émotionnel en soi. Tu dois être toi-même, mais pas trop. Détendu, mais pas indifférent. Intéressant, mais pas en mode one-man-show. Et par-dessus tout ça, il faudrait en plus gérer la question de l'alcool ? Ça fait beaucoup pour un mardi soir.
Le problème, ce n'est pas vraiment le verre qu'on ne boit pas. C'est tout ce qu'on imagine que l'autre va penser. « Il/elle va me trouver bizarre. » « On va me demander pourquoi. » « Ça va plomber l'ambiance. » « Il/elle va croire que j'ai un problème. » Notre cerveau est un scénariste catastrophe assez doué, il faut bien l'admettre.
Et puis il y a cette pression culturelle, omniprésente. En France, le premier rendez-vous se fait quasi systématiquement autour d'un verre. Le vin, la bière, le cocktail — c'est presque un acteur secondaire du dating, celui qui est censé détendre l'atmosphère et faciliter la connexion. Alors quand on retire cet acteur de la scène, on a l'impression que le script ne tient plus.
Spoiler : il tient très bien. Et il est souvent meilleur sans.
La première chose à comprendre : tu ne dois rien à personne
Avant de parler stratégie et formulation, posons un truc important. Tu n'as aucune obligation de te justifier. Pas au premier rendez-vous, pas au dixième, pas jamais si tu n'en as pas envie. Ce que tu bois ou ne bois pas, c'est une information personnelle. Tu la partages quand tu le souhaites, au degré de détail que tu choisis.
Dire « je ne bois pas » est une phrase complète. Elle n'a pas besoin de note de bas de page, de dossier médical ou de TED Talk explicatif. Si la personne en face ne peut pas accepter ça sans un interrogatoire, c'est déjà une information précieuse sur elle — pas sur toi.
Cela dit, on est humains. On a envie de se connecter, d'être compris, de ne pas créer de malaise. Alors voyons comment naviguer tout ça avec grâce. Ou au moins sans sueur froide.
Le timing : quand en parler ?
Il y a trois écoles de pensée, et aucune n'est mauvaise. Tout dépend de ton confort.
- Avant le rendez-vous, par message : « Au fait, je ne bois pas d'alcool, mais je suis partant(e) pour un bon resto / un café / un bar sympa ! » C'est direct, décontracté, et ça évite le moment potentiellement gênant sur place. Certaines personnes préfèrent cette approche parce qu'elle enlève la charge mentale le jour J.
- Au moment de commander : Tu commandes un Perrier, un virgin mojito, un thé glacé, et si l'autre personne relève, tu en parles naturellement. « Je ne bois pas d'alcool, mais leur carte de mocktails a l'air dingue. » Simple, fluide, sans en faire un événement.
- Si et quand ça vient dans la conversation : Parfois, le sujet ne se pose même pas. Si tu es dans un coffee shop, un parc, ou un restau où personne ne commande de vin, tu n'auras peut-être même pas à l'aborder. Et c'est très bien aussi.
Le point commun de ces trois approches ? Le ton. La sobriété n'est pas une mauvaise nouvelle que tu annonces. C'est un fait, un choix, un élément de ta vie — au même titre que le fait que tu sois végétarien, que tu coures des marathons ou que tu détestes la coriandre. C'est toi qui donnes le ton de la conversation. Si tu en parles légèrement, l'autre personne le prendra légèrement.
Les phrases qui marchent (testées et approuvées)
Parce qu'on a beau savoir que ce n'est « pas grave », avoir quelques formulations dans sa poche, ça rassure. Voici des façons de le dire qui sont honnêtes sans être lourdes :
- « Je ne bois pas, mais je suis un(e) expert(e) en eaux gazeuses, si tu veux des recommandations. »
- « L'alcool, c'est plus trop mon truc. Mais t'inquiète, je suis très drôle sobre. Enfin… à toi de juger. »
- « J'ai arrêté de boire il y a un moment, et franchement c'est une des meilleures décisions que j'ai prises. »
- « Je ne bois pas d'alcool. C'est un choix de vie qui me va bien. Tu prends ce que tu veux, hein ! »
- « Je suis sobre depuis [durée], et j'adore ça. Si t'as des questions, hésite pas. »
Tu noteras que toutes ces phrases ont un point commun : elles sont positives. Elles ne s'excusent de rien. Elles n'installent pas un drame. Elles disent simplement : voilà qui je suis, et c'est cool.
Et si l'autre réagit mal ?
Ça arrive. Pas souvent, mais ça arrive. Quelques réactions classiques et comment les gérer :
« Même pas un petit verre ? Allez, pour l'occasion ! »
Là, un simple « Non merci, vraiment » suffit. Si la personne insiste, c'est un drapeau rouge — et pas un petit. Quelqu'un qui ne respecte pas un « non » sur un verre ne le respectera probablement pas sur d'autres sujets. Merci, au revoir, suivant.
« Tu es alcoolique ? »
La question est maladroite, mais elle n'est pas toujours mal intentionnée. Certaines personnes ne connaissent pas d'autre cadre de référence. Tu peux répondre ce que tu veux : la vérité, une version allégée, ou un simple « C'est personnel, je préfère ne pas en parler ce soir. On se connaît à peine ! » accompagné d'un sourire. Personne n'est obligé d'ouvrir son journal intime au premier rendez-vous.
« Oh, ça doit être triste / ennuyeux / dur. »
La meilleure réponse, c'est de montrer par l'exemple que non. Sois drôle, sois présent(e), sois engagé(e) dans la conversation. Les gens qui pensent que la sobriété est triste n'ont en général jamais passé une soirée avec quelqu'un de sobrement joyeux. Tu es peut-être sur le point de faire voler en éclats un de leurs préjugés.
Le secret que personne ne te dit : c'est un filtre génial
Voilà le retournement de situation que tu n'avais pas vu venir. Ta sobriété, au premier rendez-vous, c'est en fait un superpouvoir de dating.
Réfléchis. En trente secondes et une phrase (« je ne bois pas »), tu obtiens une quantité folle d'informations sur la personne en face de toi. Est-elle respectueuse ? Curieuse ? Ouverte d'esprit ? Capable d'accepter une différence sans en faire un problème ? Est-ce qu'elle a besoin d'alcool pour se sentir à l'aise — et qu'est-ce que ça dit de sa propre relation à la boisson ?
Là où la plupart des gens mettent des mois à découvrir certaines incompatibilités, toi tu as un indicateur immédiat de compatibilité relationnelle. C'est brutal, mais c'est efficace. Et ça t'économise du temps, de l'énergie et des cœurs brisés.
La personne qui accueille ta sobriété avec naturel, voire avec intérêt ? Celle qui dit « ah cool, moi je vais prendre un thé aussi » ou « raconte-moi, ça m'intéresse » ? Coche la case. Continue.
Repenser le cadre du rendez-vous
Qui a décrété que le premier rendez-vous devait se passer dans un bar ? Personne. C'est juste une habitude, pas une loi universelle. Et en s'en affranchissant, on s'ouvre à des expériences souvent bien plus mémorables.
Quelques idées de premiers rendez-vous qui ne tournent pas autour de l'alcool :
- Un café en terrasse — le classique indémodable. Lumineux, sobre (dans tous les sens du terme), parfait pour discuter.
- Une balade — au bord de l'eau, dans un quartier qu'on aime, dans un marché. Marcher côte à côte détend et libère la parole.
- Un brunch — parce que les pancakes n'ont jamais rendu personne mal à l'aise.
- Un musée ou une expo — ça donne des sujets de conversation tout faits et ça en dit long sur les goûts de chacun.
- Un cours (cuisine, poterie, escalade...) — rien de tel qu'une activité partagée pour casser la glace sans avoir besoin d'un lubrifiant social liquide.
- Un salon de thé — sous-estimé et pourtant redoutablement romantique.
Proposer un cadre différent, c'est déjà montrer que tu es quelqu'un de créatif et d'intentionnel. Et si la personne est déstabilisée par l'idée d'un rendez-vous sans alcool… eh bien, relis la section précédente sur le filtre.
Un mot sur la vulnérabilité
Il y a une beauté particulière à se montrer tel qu'on est dès le début. Pas la version de soi rendue plus audacieuse par deux verres de rouge. Pas le personnage un peu plus drôle, un peu plus tactile, un peu plus « cool » que l'alcool fabrique. Toi. En vrai.
C'est plus effrayant ? Absolument. C'est aussi infiniment plus puissant. Parce que si quelqu'un t'apprécie sobre, au premier rendez-vous, sans le filtre de l'alcool — il t'apprécie vraiment. Pas une version modifiée, pas un personnage. Toi.
Et la connexion qui naît de cette authenticité-là, elle a des fondations autrement plus solides qu'un crush de fin de soirée au comptoir.
Ce que les personnes sobres disent souvent après coup
En échangeant avec des gens qui datent sans alcool, quelques thèmes reviennent constamment :
- « Je me souviens de tout. Les détails, les rires, les regards. C'est mille fois mieux. »
- « Je sais beaucoup plus vite si quelqu'un me plaît vraiment ou si c'est juste l'ambiance. »
- « Je ne me suis jamais réveillé(e) en regrettant un message envoyé à 2h du mat'. »
- « Les rendez-vous sont plus courts mais plus intenses. Pas de remplissage avec des tournées. »
- « Les gens qui restent sont les bons. Ceux qui partent m'ont rendu service. »
Ce n'est pas du positivisme aveugle. C'est l'expérience. Le dating sobre n'est pas toujours facile, mais il est presque toujours plus clair.
En résumé
Parler de ta sobriété au premier rendez-vous, ce n'est pas un obstacle. C'est une opportunité. Une opportunité d'être honnête dès le départ, de filtrer les personnes qui ne te conviennent pas, de proposer des expériences plus créatives et de construire des connexions basées sur qui tu es réellement.
Tu n'as pas à t'excuser. Tu n'as pas à te justifier. Tu n'as pas à minimiser ou à surexpliquer. Tu vis ta vie d'une façon qui te rend plus heureux(se), plus présent(e), plus aligné(e) — et la bonne personne trouvera ça non seulement acceptable, mais franchement attirant.
Alors la prochaine fois que quelqu'un te proposera « un verre », souris. Dis oui. Et commande ce que tu veux.
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